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Jeudi, 31 Juillet 2014
GONÇALO UVA

GONÇALO UVA, LA TÊTE DANS LES ÉTOILES, LES PIEDS SUR TERRE


(ÉCRIT PAR JONATHAN MARTINEZ, journaliste sportif à Tempo FM)

 

Raillés des élites intellectuelles pour leur prétendue simplicité d’esprit, encensés, adulés même, des classes populaires pour leur sens du sacrifice, leur hardiesse au combat, leur esprit de solidarité, ces valeurs véhiculées qui transforment un simple sport en école de la vie, les résidents de l’Ovalie, subsistent, depuis tout temps, dans un univers de discorde. Leur monde oscille, encore et toujours, entre violentes diatribes et pluie d’éloges. Présenté par certains énergumènes, otages de leurs préjugés, comme un « sport de bourrins », le rugby recèle pourtant de Lumières. L’éclairé Gonçalo Uva en est le parfait exemple.

 

« UN ESPRIT SAIN DANS UN CORPS SAIN » (« MEN SANA IN CORPORE SANO »)

Automne 2011, un vent de révolte embrase le Top 14. Révélation du Championnat, Montpellier, et ses yeux de Chimène pour le Bouclier de Brennus, échoue d’un souffle dans sa prodigieuse quête du Graal, terrassé en finale par l’immuable fossoyeur d’illusions : le Stade Toulousain. Dans cet abime de tristesse, le nec plus ultra du rugby hexagonal, apprend, à ses dépens,  qu’une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule. Dans leur incoercible ascension vers les cimes ovaliennes, les héraultais laissent en route un formidable soldat, un homme exemplaire.

Au sommet de son art, au crépuscule de sa carrière, Gonçalo Uva, le capitaine des « Lobos » portugais, décide, après 5 saisons passées au MHRC et à 27 ans seulement, de mettre entre parenthèses sa carrière rugbystique. Histoire de s’assurer définitivement un avenir post-rugby, il reprend et termine ses études d’ingénieur. Devant l’extrême difficulté (voir l’impossibilité) de concilier sport de haut-niveau et cursus universitaire, le sage lusitanien opta donc … pour la seconde solution. Un choix détonnant (la grande majorité des joueurs, dans son cas, privilégient le ballon ovale) mais lucide (une fin de carrière arrivant très vite). Une réponse cinglante, aussi, à  ceux qui assimilent rugbymen et légion d’écervelés.


DE LISBONNE A NARBONNE

Cet impératif terminé, le diplôme d’ingénieur solidement ancré à son cou, l’érudit lisboète peut enfin se consacrer exclusivement à ses premiers amours. Or, écarté des pelouses une saison durant, le risque de sombrer dans l’oubli le guette … Il n’en sera rien. Courtisé très tôt par le RCNM, l’athlétique seconde ligne (2m01, 110 kgs), séduit par le projet, répond favorablement aux sirènes audoises. L’affectif (il évolua avec les Sébastien – Buada et Logerot – à Montpellier) primant sur le lucratif (il reçut d’autres offres plus intéressantes financièrement), Gonçalo Uva pose donc ses rames sur les berges de la Robine.

Coup d’essai, coup de maître pour les dirigeants narbonnais. Titulaire indiscutable depuis son arrivée, le portugais s’impose comme un rouage essentiel, une pièce maîtresse, de l’effectif. Habile ballon en main, dominateur dans les airs, efficace dans les tâches indignes, il paraît en mesure de faire oublier le regretté Chris Thomson … et de sortir Narbonne de l’obscurantisme des dernières saisons.