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Samedi, 02 Août 2014
ETIENNE, LE RECIT D'UN SAINT

(ÉCRIT PAR JONATHAN MARTINEZ, journaliste sportif à Tempo FM)


« Etienne accomplit des prodiges et des signes remarquables parmi le peuple ». Érigée en maître par les hautes sphères du christianisme (les Apôtres), cette profonde conviction, marquée du sceau de la croyance, trouve un écho positif, des siècles plus tard, au sein d’une forteresse profondément agnostique : l’Ovalie. Insensibles une ère durant au pouvoir de persuasion des canons bibliques, les vastes contrées reculées de la planète ovalienne reconnaissent, une fois n’est pas coutume, la véracité d’une allégation religieuse.
Cartésiens, féroces adeptes du « Je ne crois que ce je ne vois », les spécialistes « es » rugby, ébranlés dans leurs certitudes devant les coups de génie d’un gamin de 22 ans, perdent tout sens matérialiste et se laissent bercer par l’idéologie catholique. Une ère de préjugés réduite à néant … la victoire d’un homme : Quentin Etienne.

ETIENNE, LE THAUMATURGE


Jean-Marc Lescure, Gonzalo Quesada, Cédric Rosalen, Christopher Ruiz … Tous demis d’ouverture … Tous buteurs d’exception … Tous guérisseurs des maux narbonnais … Tous sauveurs de la patrie audoise … Tous « faiseurs de miracles » … Si la mémoire collective du quidam rugbystique associe naturellement les succès du RCNM à ces héros populaires, une prophétie, gardée secrète des siècles durant par l’hermétique Vatican, prémédite l’avènement d’un successeur, d’un « Messie » du XXIème siècle.
De l’ombre à la lumière. Magnifique anonyme lors de son arrivée, cet été, sur les berges de la Robine, le champion de France Espoirs, Quentin Etienne, au prix d’une auguste prestation face à Dax (qui permit un miraculeux succès), corrobore les prédications du Saint-Siège. Une pluie ininterrompue d’éloges couve déjà l’ouvreur. Un adoubement en bonne et due forme. L’acte fondateur d’une prochaine déification.

ETIENNE, SANCTIFIÉ A NARBONNE ?


Une source d’inspiration. Désireuse de s’ouvrir, en grand, les portes d’un Paradis immaculé, la Loire, en hommage à cet archange, érigea une somptueuse cité et lui conféra le nom de « Saint-Etienne ». Une sublime équipe de football vit le jour et la renommée de Saint Etienne dépassa les seules frontières de l’Hexagone. L’Alsace et la Moselle, soucieuses, elles aussi, de séduire les cieux, proclamèrent jour férié le 26 décembre. Une pratique reprise depuis par l’Allemagne, l’Autriche ou l’Italie.
Devant cet océan de célébrations, Narbonne, ce «village peuplé d’irréductibles gaulois » résiste encore à ce fascinant magnétisme. Mais pour combien de temps encore ?