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Vendredi, 25 Juillet 2014
NARBONNE, À JAMAIS AU PANTHÉON DE L’OVALIE HEXAGONALE « Savoir, c’est se souvenir ». Aristote.

(ÉCRIT PAR JONATHAN MARTINEZ, journaliste sportif à Tempo FM)

« On ne peut pas être et avoir été » … un club phare du rugby français. Cette pensée-là, fataliste à souhait, s’immisce, un peu plus profondément chaque jour, dans l’esprit de l’amoureux du Racing que je suis. Optimiste de nature, j’en deviens alors nostalgique, passéiste, limite mélancolique. Afin de chasser les idées noires, de m’extirper de ce présent si chaotique, je me coupe de la réalité et plonge, des heures durant, dans la Bible de Jean Rubiella : « Racing Club Narbonnais, cent ans d’émotions ». Instantanément, le sourire revient, mon candide visage s’illumine à nouveau. Bercé d’exploits, j’associe, enfin, les qualificatifs GRANDEUR et GLOIRE au mot NARBONNE. Ce temps, béni des dieux, ou mon club de cœur luttait, à armes égales, pour le trône, la couronne, m’apparaît soudain familier. La survie d’aujourd’hui, je l’oublie. Attendri, absorbé par ce merveilleux récit, j’imagine Narbonne en jardin d’Eden, en véritable Paradis sur Terre. Fans de toutes décennies, Dieu que je vous envie. « Le Racing au sommet », je ne peux que l’imaginer, le rêver, à vrai dire, je n’y vois là qu’une utopie déguisée … alors que vous, vous l’associez à une ancestrale mais douce réalité …

UN SIÈCLE DE LONGÉVITÉ AU PLUS HAUT NIVEAU
Le club des cinq. SU Agen, ASM Clermont-Auvergne, Stade Toulousain, USA Perpignan et … Racing Club Narbonne Méditerranée. 5 monuments du rugby français (37 Boucliers de Brennus au total), 5 berceaux de l’Ovalie hexagonale, 5 entités uniques sur la planète ovalienne. Jusqu’en 2007, et cette année noire pour la France du rugby (relégations conjointes de Narbonne et d’Agen) seuls ces 5 clubs pouvaient prétendre au statut d’intouchable. Aucune relégation en un siècle d’existence. Sacré exploit ! A Narbonne, la raison principale d’une telle prouesse tient, avant tout, en la richesse de sa formation. Des décennies durant, des génies du cuir, au cœur « orange et noir », se livrèrent corps et âmes pour maintenir le RCN dans les cimes du rugby français. Dans ce « rugby de papa », insensible aux magnats de la finance, les joueurs, une carrière durant, s’escrimaient pour leur club, leur ville. Envisager un départ ne faisait clairement pas partie de leur vocabulaire. L’amour que ces êtres de lumière portèrent au Racing, le spectre, aussi, de décevoir, d’attrister, les narbonnais, les poussaient à se sublimer, se transcender dans leur antre, leur fief de Cassayet. Entre 1963 et 1976, ils battirent ainsi une citadelle imprenable. Les uns après les autres, les envahisseurs tombaient, les armes à la main. Le bon vieux temps …

UN PALMARES EN LETTRES DORÉES
Une idylle tourmentée. Une histoire d’amour complexe, cruelle et sublime à la fois. Une aventure tempétueuse avec quelques joies (1936, 1979) et son lot de peines (1932, 1933, 1974). Narbonne et le Bouclier de Brennus, ça relève un peu, à vrai dire, du « Je t’aime, moi non plus ». Souvent placé (quinze fois demi-finaliste !), rarement gagnant, le Racing, au fil des décennies, laissa souvent filer sa promise vers d’autres courtisans mais sans jamais la perdre de vue. Un conte de fée. Sa fidélité, le RCN l’offrit, sans hésitation aucune, à celle qui touchait son âme, qui lui correspondait, sans doute, le mieux : l’exquise Du Manoir. Au premier regard, nul n’ignorait alors que les deux amants étaient faits l’un pour l’autre. Une compétition, éloge du beau jeu, sans pénalités ni transformations, pour un club loué de tous pour son rugby humaniste. La magie ne pouvait qu’opérer. Ainsi, dès la fin des années 1960, le Racing lia, par un serment d’allégeance, sa destinée à cette captivante beauté. En retour, cette dernière lui alloua 9 titres et le consacra, à jamais, Roi de la Seigneurie du Du Manoir. Une amourette. Abattu par la mort subite de Du Manoir, la femme de sa vie, le Racing, son deuil achevé, se consola, le temps de deux demi-finales (1997 et 1999) et d’une finale (2001), avec une plantureuse britannique. Las, l’expérience tourna court et laissa à Narbonne des regrets éternels … « Une vie sans avenir est souvent une vie sans souvenir ». Hervé Bazin. De tous ces souvenirs glorieux, le RCNM en tirera-t-il un avenir glorieux ? Là réside mon unique souhait …