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Dimanche, 20 Avril 2014
JO, L’ETOILE DU PACIFIQUE

(ÉCRIT PAR JONATHAN MARTINEZ, journaliste sportif à Tempo FM) 

 

En 1823, William Webb Ellis, touché par la grâce de Dieu, dérobe un « cuir », nonobstant ainsi les carcans imposés par le Bigside Rugby, et le dépose, sous les regards interloqués d’un public médusé, en Terre Promise. Cette inspiration géniale, réalisée par un hérétique écolier, demeure, à ce jour encore, gravée dans les mémoires du quidam comme l’acte fondateur du « Saint des Saints ». Si les anglais inventèrent le rugby (en 1823 donc), les fidjiens l’élevèrent rapidement au rang d’art. 1987, la Nouvelle-Zélande, seconde patrie de l’Ovalie, héberge la 1ère Coupe du Monde. La planète Rugby, illuminée par « une farandole mélanésienne ou les relances succèdent aux éclairs de génie », découvre alors les Iles Fidji et « leur folie douce de la contre-attaque ». Funambules méconnus, magnifiques magiciens, Severo Koroduadua et consorts disposent d’un véritable don pour ce jeu. A la différence des autres, les fidjiens ne pratiquent pas le rugby, ils le réinventent. Monarques incontestés du « 7 », les iliens ne brillent malheureusement, sur la scène internationale du « XV », que par intermittence … Leur désamour des taches obscures combiné à un penchant incessant pour le risque ne cadre plus avec un rugby devenu pragmatique au fil des décennies … Alors, les dignes successeurs des Serevi, Little et Rauluni s’adaptent, reproduisent le jeu pratiqué sur le Vieux Continent et mettent ainsi de coté leurs desseins de grand large, leurs envies d’évasion … Or, à vouloir renier leur philosophie, ils finissent par se perdre dans les limbes de l’oubli … « Enchanteur un jour, enchanteur toujours » se dit, à raison ou à tort, la France. Berceau de grands talents, elle accueille pourtant, dans ses Championnats domestiques, les résidents de Suva. Depuis plusieurs années maintenant, Caucaunibuca, Bobo et leurs frères d’armes, à grand coup d’exploits personnels, sidèrent les spécialistes et émerveillent les supporters. A Narbonne, comme partout en Hexagone, un prodige, venu des terres australes, éblouit l’assistance. Son nom ? Josaïa Ravulovulo Vakacegu.

 

L’ARME FATALE DU RCNM

Débarqué, un beau jour de septembre 2011, sur les berges de la Robine, dans l’anonymat le plus complet, « Jo » ne tarde pas à séduire joueurs et entraîneurs. Dans un environnement propice à son épanouissement personnel et à son éclosion professionnelle (le Racing compte dans ses rangs pas moins de 5 iliens dont 2 fidjiens), le fils spirituel des Satala, Bai et autres Vunibaka gagne rapidement ses galons de titulaire au centre de l’attaque « orange et noire ». Pièce maîtresse, pierre angulaire même, du jeu offensif narbonnais, ce polyvalent « trois quart » (il peut jouer indifféremment premier centre, second centre ou ailier) se délecte du jeu humaniste prôné par le RCNM. Ce rugby, fait de folie et d’inspiration, sied parfaitement aux qualités de l’homme des Iles Fidji. Il peut alors donner la pleine mesure de son immense talent. Quelques mois d’acclimatation suffiront à faire de lui l’acteur numéro 1 de la fantastique remontée narbonnaise, la saison dernière. Par son influence sur le jeu davantage que par son efficacité (4 essais en 19 rencontres disputées), Josaïa Ravulovulo Vakacegu guida les siens sur les voies royales de la victoire. Ses offrandes, multiples et variées, conduisirent Shaun Hegarty (international français universitaire et joueur du Racing), à déclarer, au soir d’une énième prestation de haut vol, « c’est un régal de jouer à coté de ce garçon ». Sacré hommage.

 

UN JOUEUR DE DEMAIN, UNE STAR DU FUTUR

« Il a des qualités qui sont vraiment énormes. Il est très solide, a un physique hors normes, en plus il va très vite, en plus c’est un super joueur de ballon ». Décidément sous le charme, « Shauny », ne tarit pas d’éloges au sujet de « Jo ». Des louanges méritées tant l’athlétique mélanésien (1m91, 100kgs) dispose de cette faculté rare, mais au combien essentielle dans le rugby moderne, de casser les lignes, de mettre son équipe toujours dans l’avancée. Dans ce domaine là, il rappelle le génie précurseur Sonny Bill Williams. Second centre de métier comme le phénomène « all-black », il dispose de cette capacité à désorganiser les défenses et à ouvrir des intervalles qui, normalement, n’existent pas. Pour ne pas souffrir de la comparaison avec SBW, Josaïa se doit encore de progresser dans sa faculté à jouer debout et dans son jeu défensif. Ce jour là alors, Sir Jonny Wilkinson, reconnaîtra, sans doute, son involontaire omission, lorsqu’il affirme, à l’égard du magicien néo-zélandais, « son talent est immense. Il est phénoménal. Il possède des dons qui le rendent unique dans le monde du rugby. Même en rêve, je n’ai jamais eu son talent ». Jonny ignore, très certainement, l’existence de Jo Ravulovulo Vakacegu. Nul n’est parfait après-tout, pas même le plus grand demi d’ouverture de tous les temps.