Bannière
Jeudi, 17 Avril 2014
« NO SCRUM, NO WIN »

« NO SCRUM, NO WIN »
(ÉCRIT PAR JONATHAN MARTINEZ, journaliste sportif à Tempo FM)

« Les avants décident qui gagne le match et les arrières de combien ».
« La mêlée, c’est la nécessité de se lier à l’autre, de se fondre dans l’autre, de devenir le membre d’un étrange animal » (Serge Simon). Un animal aux allures de bête sauvage, de monstre à trente-deux pattes, qui simultanément rassemble et oppose, « dans une réunion très privée » (Serge Simon), les « gros » (le huit de devant) de chaque équipe. Un monde « sans foi, ni loi » en définitive où « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Épicentre du combat, âme et cœur du rugby, la « mêloche » répond parfaitement à ce besoin vital, quoique primaire, que ressent l’homme de se mesurer à l’autre afin de savoir s’il est, ou non, le meilleur. Toute domination dans ce compartiment du jeu, si elle offre de magnifiques bases de lancement et des pénalités à foison, confère surtout un avantage psychologique indéniable sur son adversaire. Marqué au fer rouge, humilié en son for intérieur de mâle dominant, l’opposant perd soudain de sa vigueur, de sa superbe. Le sentiment d’invulnérabilité, qui croît alors dans l’esprit du conquérant, se répercute sur son jeu et lui procure la confiance nécessaire pour s’octroyer le succès.De succès notables justement, le Racing Club Narbonne Méditerranée n’en vit plus depuis de  longues années. La faute, notamment, à une mêlée en grande difficulté, régulièrement dominée, trop souvent sanctionnée

UNE DÉCADE SANS MÊLÉE, UNE DÉCENNIE SANS RÉSULTATS
« Lorsque deux forces sont jointes, leur efficacité est double ». Ce principe, prôné par le génie alchimiste Sir Isaac Newton, davantage connu pour ses inventions en matière de mécanique classique que pour un éventuel amour porté au ballon ovale, colle comme un gant à la Pro D2. Comme 1 + 1 = 2, une mêlée performante alliée à un buteur d’exception garantissent, dans la majorité des cas, la victoire. En France, dans un « Temple de la mêlée » donc, certains hérétiques négligent encore l’importance primordiale, capitale même de la « bajadita ». Parmi eux, le RCNM
Amoureux d’un rugby léché et flamboyant, qui jadis fit sa force et aujourd’hui encore sa renommée, le club aux deux Boucliers de Brennus mise, pour ne pas se retrouver en contradiction avec sa philosophie de jeu, sur des avants, certes solides, mais davantage mobiles que massifs. Un cas isolé, une originalité « Made in Narbonne », qui détonne dans ce Championnat pragmatique. Éreintés par les efforts consentis à se rendre disponible, les « gros » audois souffrent, bien souvent, le martyre à l’heure de s’escrimer avec des homologues plus frais et plus puissants. Inévitablement, la mêlée recule et les sanctions (pénalités voir cartons jaunes ou essais de pénalité) tombent …
« No scrum, no win » … Plus qu’un dicton, un principe fondamental que les trois Pierre (Berbizier puis Salettes et Arrambide), en fins tacticiens, glorifièrent, à l’aube du nouveau millénaire, en unissant les Poux, Ledesma, Merle et autres Raynaud dans un seul et même pack, destructeur à souhait, pour ce qui reste, de nos jours, l’ultime fait d’armes (finale du Bouclier Européen) du « Racing ». Tout sauf un hasard

EN QUÊTE DE LA PERLE RARE
Johnston, Sheridan, Botha, Gray, Tekori …  Dans le monde enchanté de l’Ovalie, ces avants de (très) fort tonnage (tous au dessus des 120 kgs), s’érigent en exception. Véritables colosses, qui calent à eux-seuls n’importe quelle mêlée, ces prototypes « du joueur de demain » se meuvent, aux quatre coins du terrain, 50 minutes (voir plus si affinités) durant ! Auteurs de charges dévastatrices, ils mettent continuellement leur formation dans l’avancée … sans que leur rendement en mêlée n’en soit affecté. De l’or en barre qui siérait à merveille au RCNM … Las, ces phénomènes ne sont pas légion et évoluent, pour l’immense majorité d’entre eux, dans de grands clubs européens.
Naguère l’ASB (qui deviendra par la suite « le Grand Béziers ») ou le XV de France, se dotèrent, avec Raoul Barrière et Didier Retière, de véritables spécialistes de la « mêloche ». Franck Tournaire, au sein de l’US Carcassonne ou Mike Cron avec les « All-Blacks » reprirent, depuis peu, le flambeau de leurs prestigieux prédécesseurs. Ces « gourous » de la mêlée fermée, qui partagent leur savoir-faire d’ancien joueur, interviennent, à dose plus ou moins homéopathique, dans les clubs ou sélections concernés. Souvent fulgurants, les progrès réalisés par ces formations s’avèrent être l’œuvre d’un seul homme. A quand un « maître es mêlée » à Narbonne ?