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Samedi, 30 Août 2014
Le Racing s'écrit désormais aussi au... féminin sur les terrains

J.-P. Ch. , paru dans l'Indépendant

Une équipe supplémentaire a rejoint le club quinziste centenaire : il s'agit des féminines qui défendaient jusqu'à présent les couleurs de Leucate. Elles ont souhaité continuer leur aventure sous le maillot du RCNM, qui leur a ouvert ses portes. Fin de journée au stade Cassayet. L'heure des entraînements, dans l'intimité de la semaine. Un habitué du quartier s'attarde, comme à chaque éclat de voix qui capte sa curiosité, sur le chemin du retour à la maison.
Le septuagénaire suit ainsi, de loin en loin, les galops d'essais des jeunes du Racing, presque à la sauvette, appuyé à la main courante. Soudain, ce mardi soir, il marque un temps d'arrêt. Regarde une seconde fois avec insistance. Non, il ne rêve pas : ce sont bien des filles qui manient l'ovale ! Et plutôt bien ! Un peu à l'écart, la demi d'ouverture consacre du temps à tenter des pénalités, avec application.
Oui, c'est bien du rugby au féminin. "Hé bé, qui aurait dit qu'un jour, des dames fouleraient la pelouse de Cassayet pour y jouer au rugby", s'exclame le spectateur de passage. Sa réaction résume le sentiment entretenu par certaines générations, au son de : "Ce n'est pas un sport pour les filles". Il y a trente ans, des pionnières étaient montées au front sur le rectangle vert. Au fil des ans, le rugby féminin a gagné un peu de place au royaume d'Ovalie. Le voici depuis quelques jours, officiellement entré dans un club centenaire et prestigieux : le Racing club Narbonne Méditerranée ! "Révolution culturelle"
"Oui, c'est pour nous une véritable révolution culturelle", avoue Michel Ramon, un des fidèles dirigeants de l'association RCNM que préside Jean-Louis Caussinus. "Mais c'est aussi une belle opportunité", ajoute-t-il. Cette opportunité est partie d'une volonté d'un groupe de filles. Sandrine Grumel raconte : "La plupart des joueuses évoluaient à Leucate. J'y ai moi-même joué pendant sept ans. Or, cette saison, il n'était plus possible de continuer là-bas. Dès lors, nous avons réfléchi à une solution pour continuer à jouer, et nous avons décidé de monter un dossier pour le présenter au RCNM. Nous avons donc initié une démarche vers Narbonne, et le Racing a accepté de nous accueillir".
Michel Ramon précise : "L'engagement d'une équipe féminine sous notre bannière n'était pas du tout prévu. Nous avions renouvelé le bureau de l'association, structuré les différentes équipes en lice. Et là-dessus, Sandrine est venue nous présenter le projet des féminines. Nous l'avons écoutée avec beaucoup d'attention. Puis nous sommes très vite entrés dans le concret : le coût d'un engagement (sachant que notre budget était revu à la baisse, compte tenu de la rétrogradation de l'équipe I en Pro D2), les problèmes que pose une formation supplémentaire... Mais la volonté d'ouvrir les portes à cette équipe féminine était bien présente. Alors, nous avons résolu les problèmes, en liaison avec le club, la Ville et des bonnes volontés".
Pour Michel Ramon, "une équipe féminine au RCNM peut apporter des dirigeantes au club, de futures mamans sensibilisées à la pratique du rugby, et une image différente de ce sport". Bref, la venue des féminines élargit l'horizon quinziste et peut renouveler l'auditoire pour le sport-phare de la ville.
"C'était l'occasion de créer cette section qui n'existait pas au club" reconnaît le dirigeant narbonnais, "d'autant que les filles arrivent avec une structure solide et un groupe nombreux". Objectif : le titre
Effectivement, les ex-Leucatoises intègrent le RCNM avec leur staff déjà rodé (lire par ailleurs) et avec un effectif intéressant : "Nous avons 24 filles, parmi lesquelles une dizaine de nouvelles venues. Le fait d'être maintenant basées à Narbonne facilite l'accès aux entraînements. Ici, nous sommes dans la zone stratégique du département, et pas très loin de Béziers".
Cette saison, la formation féminine du RCNM disputera le championnat de France de troisième division : "Il se joue par équipes de 12 et c'est un championnat Grand Sud, géré par le comité de Midi-Pyrénées", complète Sandrine Grumel. Des équipes réserves de clubs de première division seront de la partie, ce qui garantit un niveau de jeu élevé. L'objectif des "orange et noir" au féminin est affiché d'emblée : "Etre championnes de France et accéder à la division supérieure, mais aussi former des débutantes et aguerrir des joueuses pour pérenniser cette équipe féminine". A ce niveau, c'est une équipe languedocienne, Jacou, qui est tenante du titre. Sa succession est ouverte... Avec un brin d'impatience, Michel Ramon concède : "Nous verrons au premier match, des curieux viendront sans aucun doute découvrir ce rugby féminin qui est un autre rugby. Au pays d'André Quilis, responsable des féminines au comité du Languedoc, et de Roland Puig, entraîneur de l'équipe de France féminine, une nouvelle génération se lève". Notre septuagénaire, lui, a déjà promis de suivre "au moins une rencontre". Mais le véritable match à gagner se jouera, encore et toujours, contre les mentalités... L'enthousiasme visible des filles sur le terrain et leur sérieux dans la pratique du rugby sauront conquérir les plus sceptiques !

Encadrement au top
L'équipe féminine constitue donc une nouvelle section du RCNM. Elle bénéficie des structures de l'Association RCNM, mais elle apporte aussi son encadrement de qualité. Autour de Sandrine Grumel, manager général, s'occupent en effet des filles : le manager Jean-Jacques Pinéda (qui connaît très bien la maison pour avoir porté les couleurs du team fanion !), l'entraîneur Laurent Boudet, le préparateur physique Gérard Augustin (qui est également l'entraîneur de l'équipe de France militaire féminine), et Anthony Albouy, qui gère plusieurs secteurs. Parmi les joueuses, Emilie Lannes et Vanessa Navarro entament leur dixième saison, tandis que d'autres filles jouent ensemble depuis 4 ou 5 ans. L'expérience est là. Tout cela devrait contribuer à la bonne marche de la formation féminine, dans un département de l'Aude qui a du mal à intéresser les filles au ballon ovale après l'école de rugby. L'aura du RCNM attirera sans aucun doute quelques vocations...